Par Ines Ayed
La sublimation a été l’une des notions qui m’avaient le plus fasciné en cours de philo. Freud nous informait alors que toute création artistique ou littéraire prenait source dans la pulsion sexuelle propre à toute personne mais que grâce à la sublimation, elle prenait une forme et une tendance qui l’en séparaient et l’élevaient vers des valeurs plus esthétiques et plus morales. Ce processus permettrait à des envies basiques d’acquérir de la beauté et surtout une forme acceptable par la société ce qui permet à l’art et à l’expression artistique supposée absolue d’esquiver la restriction moraliste et sociale.
- Une jeunesse crue et superficielle:
Les medias nous ont montré dernièrement les œuvres réalisées par nos jeunes bacheliers à l’ occasion du Bac sport dans toutes les régions de la Tunisie. Certaines de ces affiches géantes peintes par les élèves montrent des scènes obscènes et hors propos. L’audace y est la seule qualité mise en avant selon mon goût sans aucune créativité, aucune originalité. Des tableaux crus qui alarment la société que nos jeunes sont vulgaires, mal élevés et frustrés. Ce qui m’alarme personnellement dans cette affaire c’est l’absence de tout sens artistique. Qu’ils aient des frustrations sexuelles est tout ce qu’il y a de plus normal, c’est ce qu’ils en font qui est inquiétant.
- Culture dites-vous ?
Mais peut-on en vouloir à ces jeunes qui ne soupçonnent pas toute la débauche sublime des fleurs du mal ou des poèmes de Kais Ibn El Moulawah ? Nos jeunes superficiels et peu cultivés s’ennuient se cherchent puis se rabattent sur une matière culturelle contemporaine médiocre et pauvre et sur des medias qui conditionnent nos goûts et nos tendances à coups de matraquage.
Des illustrations nombreuses marquent un paysage culturel et artistique qui s’enfonce dans la bassesse. Cette dernière est confondue trop souvent avec la liberté d’expression. On pense souvent que les mœurs ont changé, que les temps d’avant étaient plus conservateurs et plus strictes, la vérité est que maintenant il n’y a plus de sublimation de tout ce qui est mauvais, malsain et condamnée par la société.
III- Et si la révolution n’a pas encore eu lieu :
Quatre années déjà que nous croyons avoir une société et surtout une jeunesse volontaire et lucide. Mais plusieurs indices montrent la fragilité des Tunisiens, l’absence d’appartenance, le manque de références et un désert culturel effarent aggravés par leur arrogance de prétendre faire partie d’un pays d’exception. Des parents fatigués, ennuyés, affalés devant leurs écrans accusent les plus jeunes d’être perdus, oubliant leurs rôles d’éducateurs , négligeant l’importance de communiquer avec leurs enfants.
La révolution n’aura lieu que si on éteignait nos postes de télévisions, qu’on coupait ne serait-ce que pour quelques heures nos wifi et qu’on se remettait à penser les choses par nos propres moyens.
Serait-ce une grande nouvelle que de dire que le chemin reste long avant d’obtenir une jeunesse lucide et consciente, qui prépare une génération de leaders et de bâtisseurs, avec des têtes pleines. Un effort de chacun pour changer la donne, pour espérer un lendemain avec des adolescents frustrés peut être mais créateurs et artistes.