Comme l’annonce son titre, cette chanson parle de gentrification : concept introduit à la sociologie dans les années 60 et qui parle des transformations occasionnées dans un quartier précédemment populaire pour le rendre plus bourgeois et le destiner à loger une couche sociale plus favorisée.
La chanson commence en fait avec un homme qui s’adresse à sa femme en se plaignant de n’avoir pas pu dénicher un appartement plus spacieux à cause d’une vague de modernisation qui déferle sur le quartier et rend ses tarifs hors de prix.
Le chanteur décrit ces changements en dénonçant tous ces nouveaux concepts qui ne font pas que moderniser mais défigurent l’histoire et effacent l’identité.
Mais cette chanson est loin d’être linéaire car elle comporte un message double comme le traduit la dualité de son nom en arabe et en anglais ( Avenue Jaffa en arabe) puisque elle ne se passe pas n’importe-où mais bien à l’Avenue Jaffa, l’une des principales avenues de Jérusalem.
Le chanteur énumère les attaques de ce grand ogre qui mange la ville et la change, cet ogre qui vient de Tel Aviv ou plutôt de Poland comme il le précise, laissant à l’auditeur la liberté de l’identifier comme il l’entend.
ET là on comprend que toute cette altération décrite dans la chanson est perpétrée par le colonisateur qui ne vise pas seulement à changer le standing du quartier mais à faire disparaître toute trace arabe.
Les historiens de l’État juif d’Israël avancent différentes idéologies religieuses pour expliquer leur statut de peuple élu par Dieu et défendre leur droit à la Terre promise quitte à chasser les Palestiniens qui y habitent depuis des millénaires. Et les tentatives israéliennes pour évincer ces derniers ne sont pas toujours franches et évidentes mais viennent de façon souvent sinueuse et insoupçonnée.
Cette chanson ne dénonce pas seulement la colonisation en tant que vol de terres mais également le vol d’identité et le vol d’Histoire, car pour mieux faire disparaître quelqu’un il suffit de faire disparaître son passé ou mieux se l’approprier avant de le chasser.
3 réponses sur « « Hymn to Gentrification (شارع يافا)» de Faraj Suleiman »
Je suis très fan de Faraj Suleiman ❤️ et j’ai adoré lire votre article, merci infiniment Ines pour cette belle analyse. Vous montrez à quel point Hymn to Gentrification (شارع يافا) ne parle pas seulement d’urbanisme mais aussi de mémoire, d’identité et de résistance. Ce que j’aime chez Faraj, c’est sa manière de transformer la douleur et la nostalgie en poésie musicale universelle.
Peut-être qu’on pourrait aussi suggérer d’écouter cette chanson en lien avec d’autres morceaux de Faraj qui traitent du déracinement et de l’exil — par exemple ceux de son album Better than Berlin — car ils prolongent le même message de critique sociale à travers des mélodies tout aussi puissantes.
Encore merci pour cet éclairage, votre texte donne vraiment envie de réécouter la chanson avec un regard neuf.
Merci Sirine pour tes belles paroles, je serais heureuse de « raconter » une autre chanson de Faraj Suleiman, notamment de l’album Better Than Berlin comme tu le suggère.
Je suis très fan de Faraj Suleiman ❤️ et j’ai adoré lire votre article, merci infiniment pour cette belle analyse. Vous montrez à quel point Hymn to Gentrification (شارع يافا) ne parle pas seulement d’urbanisme mais aussi de mémoire, d’identité et de résistance. Ce que j’aime chez Faraj, c’est sa manière de transformer la douleur et la nostalgie en poésie musicale universelle.
Peut-être qu’on pourrait aussi suggérer d’écouter cette chanson en lien avec d’autres morceaux de Faraj qui traitent du déracinement et de l’exil — par exemple ceux de son album Better than Berlin — car ils prolongent le même message de critique sociale à travers des mélodies tout aussi puissantes.
Encore merci pour cet éclairage, votre texte donne vraiment envie de réécouter la chanson avec un regard neuf.